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Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN

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Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Ven 12 Juin - 21:51
C'était devenu une habitude. Une mauvaise habitude, dont on ne peut plus se défaire une fois enrôlé dedans. Elle s'était installée lentement, sournoisement ; et presque tous les jours, Alexius en demeurait l'éternel spectateur. Comme une pièce de théâtre, que les deux concernés s'étaient convaincus d'apprendre à la perfection, et à laquelle on aurait convié les fameux invités, simples fantômes face à la querelle qui se déroulait devant leurs yeux.
Tout d'abord, problème principal : son entêté de frère qui osait répondre aussi impunément à une personne comme leur père. Il savait, était conscient, en avait la certitude, qu'en continuant de tenir tête au chef de famille, les choses deviendraient crues & le ton monterait toujours un peu plus fort. Pourtant, rien n'expliquait son comportement : arrogant, têtu ─ un Eden s'accrochant à des espoirs qu'on n'a jamais cessé de lui décrire comme idylliques, un Eden qui, par tous les moyens possibles, ne cessera cependant jamais de clamer haut et fort ses envies de lointain et de libertés célestes. Alexius contemplait cela d'un œil... froid, peut-être bien moqueur. La naïveté de son frère le dépassait ; son manque de maturité, lui, l'ulcérait plus qu'il n'eût osé l'admettre ─ et pendant ce temps, il tenait fortement le poignet de sa mère pour l'empêcher de faire quoi que ce soit face à le spectacle que leur offraient l'adulte et l'enfant rêveur. Trop rêveur.

Leur père allait en devenir hystérique. Le sujet de ladite dispute n'avait toujours pas changé, et Alexius pensa amèrement à l'idée d'une routine : une routine quotidienne, et ce depuis des années. Eden qui piaillait toujours ses envies de s'envoler, ses envies d'ouvrir les yeux sur un monde plus bleu, moins étriqué. Et puis leur cher père, qui n'abandonnerait pour rien au monde ses valeurs et son peuple, qui se tuait à la tâche pour inculquer à Eden ce qu'il avait su inculquer à son prodige de frère, Alexius. Et ça, ça n'était sans doute pas prêt de changer. Leur mère commença alors à sangloter lentement, puis bruyamment ; pitoyablement, perdant haleine pendant quatre ou cinq secondes, puis éclata de nouveau. Les minces cloisons de la salle renvoyaient le son cristallin, et si les deux fauteurs de trouble ne se disputaient pas aussi violemment, lesdits sanglots se répercuteraient bien plus fort. Alexius, pris ceci-dit de compassion envers sa misérable mère, vint lui placer une main réconfortante sur l'épaule et lui intima de ne plus pleurer. Sur un regard échangé avec son père qui en disait long, il attrapa par la peau du cou son frère qui commençait de nouveau à brayer divers mots colorés qu'Alexius se surprenait parfois à ignorer. Le chef bijoutier hocha la tête suite au long soupir poussé par son paternel.

─ Je me charge de Eden, papa. J'ai encore du travail, fit-il remarquer tout en scrutant du coin de l’œil le sachet de pierres précieuses, délaissé sur une table un peu plus loin, mais j'aimerais m'entretenir avec mon frère. Quant à vous mère, reprit le blond en la couvant d'un regard se voulant affectueux, cessez de pleurer. Je vais m'occuper de cet idiot, conclut-il en toisant désormais son frère qui ne cessait de se débattre. Puis il quitta la salle, les sanglots de sa génitrice mourant derrière ses pas.

Il le traînait derrière lui à grande motivation, et seuls les jérémiades de l'incapable comblaient le silence pesant qui aurait normalement du prendre place. Alexius contenait comme il le pouvait sa colère, et même s'il éprouvait le besoin intense de lui balancer toute sa rancune et toujours la même morale au visage, il faisait toujours preuve d'un sang-froid bien utile dans des moments comme ça. Ça permettait peut-être de se calmer ou de mieux réfléchir, les choses de ce genre ; mais il ne voulait pas exploser. Pas une nouvelle fois. Claquant la porte derrière lui après l'avoir ouverte et avoir fait passé le pas à son jumeau, le blond finit par lui lâcher le col et le laissa s'étaler de tout son long sur le sol, le toisant de toute sa hauteur. Son regard était dur comme la pierre, chargé de rancœur et la pièce dans laquelle ils se trouvaient semblait tout à coup être vide.

─ Tu peux me dire à quoi tu joues, précisément ? Ne me dis pas que tu remets ça, Eden, il marqua une pause en soutenant son regard. Je te l'ai déjà dit, pourtant. Fais quelque chose de ta vie, trouve ton vrai destin, au lieu de t'accrocher à des espérances que tu sais déjà futiles.
Eden
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Sam 13 Juin - 14:55

NE T'EN MÊLE PAS, LAISSE MOI VIVRE.

« Tu n’es pas en cours ?
Non, j’ai pas envie. »

C’était parti de là. Ça partait toujours de là. Eden passait sa vie à tourner en rond dans le salon, à déambuler dans les rues, à papillonner sans but en rêvassant. Cela ulcérait son père, lui, le sage médecin qui se tuait au travail, qui avait tout fait pour réussir. Comment pourrait-il tolérer d’avoir engendré un bon à rien tel que lui ? Eden ne comprenait pas, pourquoi ne se résignait-il pas ? Il ne voulait pas être médecin, il voulait juste qu’on lui fiche la paix, qui dérangeait-il à rester ici ? A part la fierté du patriarche, il ne posait de problème à personne, alors pourquoi continuait-il d’insister ? Pourquoi continuait-il de faire pleurer sa mère ? Cela n’avait pas de sens. Eden détestait cet homme insensé. Plus encore, il détestait penser qu’il lui ressemblait. Mais dans le fond, c’était la vérité, il était pareil, et c’est ce qui provoquait  ces disputes. Le père comme le fils étaient fiers, têtus, campés sur leurs idées et incapables de comprendre l’autre. Eden ne voulait pas se soumettre, il ne voulait pas être Alexius. Son père ne voulait pas d’un incapable. Et bien quoi ? Il fallait l’abandonner dans le caniveau tant qu’il en était encore temps, après tout, l’attitude nonchalante d’Eden ne datait pas d’hier, il avait toujours été le plus turbulent.  Il avait toujours été celui qu’il fallait faire obéir.

Une fois de plus aujourd’hui, Eden était resté à la maison. Une fois de plus, son père l’avait trouvé dans la cuisine à aider sa mère à préparer le repas. Il avait posé la même question crispée et le blond avait répondu avec son insolence habituelle. De là, tout était monté crescendo. Le garçon ne comprenait simplement pas. Son père ne pouvait-il pas le laisser pas rêver ? Il n’avait jamais mentionné vouloir quitter Earthea, il voulait juste voir le ciel, qu’y avait-il de mal à cela ? D’un autre côté, il ne voulait pas être médecin. Il avait des tas d’autres métiers très bien, y compris dans leur nation, en quel honneur Alexius avait-il eu le choix et pas Eden ? Tous ces détails le mettaient hors de lui. Il ne pouvait accepter que son père régisse ses idées et ses rêves. Il en avait assez qu’on le compare sans cesse à son frère, aux enfants des autres. Il ne voulait pas être eux.

Il voyait la gifle arriver. La main de son père tremblait, parce qu’il se retenait, il essayait de se contenir. Tous deux savaient qu’une claque règlerait temporairement le soucis. Eden, blessé, finirait pas quitter la pièce en pleurant. Leurs disputes se terminaient toujours ainsi, coupées courtes par le père. Pourtant cela n’arrangeait rien, puisque tout reprenait les jours suivants avec une rancœur accrue. Lorsque la main commençait à devenir fébrile, le jeune homme serrait les dents, contractait son corps, prêt à encaisser à tout moment. Dans un coin de la pièce, sa mère sanglotait bruyamment. Eden s’excusa mentalement pour ça. Le blond savait que cela la blessait. Il savait aussi qu’elle était encore plus horrifiée lorsqu’on le frappait. Il se doutait que même si elle le défendait la plupart du temps, elle souhaitait intérieurement qu’il soit plus docile. Il aurait voulu l’être aussi pour lui épargner tous ces soucis, mais c’était plus fort que lui, et il en était désolé pour elle.

Aujourd’hui, pourtant, ce ne fut pas une main dans sa figure qui fit taire Eden. Alexius, dont il n’avait même pas remarqué la présence, apparut soudain derrière lui et le saisit par le col de sa chemise.

«  Je me charge d’Eden, papa. J'ai encore du travail, mais j'aimerais m'entretenir avec mon frère » Annonça-t-il avec un regard entendu à leur père qui sembla se détendre un peu. « Quant à vous mère, reprit le blond en la couvant d'un regard se voulant affectueux, cessez de pleurer. Je vais m'occuper de cet idiot. »

Idiot ? « Sale cafard. » Souffla Eden suffisamment fort pour que seul son frère ne l’entende. Mais avant qu’il ne puisse ajouter quoi que ce soit, Alexius l’entraina hors de la pièce. Furibond, le blond saisit le poignet de son ainé pour le forcer à le lâcher, mais celui-ci était drôlement plus fort qui ne l’aurait soupçonné. Trainant les pieds, il traitait son jumeaux de tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait. De quoi avait-il besoin de se mêler, ce petit rat d’Alexius, pourquoi n’allait-il pas gentiment compter ses cailloux au lieu d’encore faire le beau devant Papa ? Il allait hurler à nouveau quand il sentit qu’on le poussait en avant. Ils avaient atteint leur chambre. Déséquilibré, Eden s’emmêla les pieds, titubant un instant avant de s’étaler à plat ventre sur le sol. Nouvelle insulte, elle fut noyée par le claquement brusque de la porte derrière eux. Sonné, l’étudiant se redressa sur son séant et lança un regard assassin à son jumeau qui ne le fixait froidement. Eden en fut blessé, malgré sa fureur.  Il en voulait sincèrement à Alexius de prendre parti de leur père et de ne pas essayer de le comprendre. Après tout ils avaient toujours été ensemble, pourquoi n’étaient-ils plus aussi complices qu’auparavant ?

«  Tu peux me dire à quoi tu joues, précisément ? Ne me dis pas que tu remets ça, Eden. Je te l'ai déjà dit, pourtant. Fais quelque chose de ta vie, trouve ton vrai destin, au lieu de t'accrocher à des espérances que tu sais déjà futiles. »

Une nouvelle bouffée de rage saisit le jeune homme qui se mit debout d’un bond pour faire face à Alexius.

« De quoi tu te mêles ? » S’écria-t-il, furieux. « On ne t’a jamais demandé ton avis que je sache. Je ne demande que ça moi, qu’on me laisse choisir mon destin. »

Il détourna le regard et s’éloigna de quelque pas. Sa tête bouillonnait de mille et une idées plus ou moins cohérentes. Soudain il se retourna vers son jumeau, le regard brûlant.

« J’ai été stupide. J’aurais pensé que toi, tu comprendrais que je ne veux pas être médecin. Je pensais que j’aurais pu compter sur toi pour en parler à notre père qui te chéri tant. Mais tu ne te mouillerais même pas pour m’aider si je me noyais, ce qui t’intéresse c’est ton petit rang et tes petites affaires. Il ne faudrait surtout pas contrarier Papa sinon… » Cracha-t-il en direction de son ainé.



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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 14 Juin - 23:34
Il le dévisagea un moment avec une intensité troublante, un calme marmoréen ─ une colère parfaitement bien contenue, quoi qu'un peu difficile. Il le vit se redresser, le dos raide, le visage déformé par toute l'exaspération du monde, et cela eut pour effet d'agacer encore plus Alexius. Il osait encore répondre alors qu'il savait parfaitement qu'il était en tort, et c'était ce qui dérangeait sans doute le plus le Chef Bijoutier. Son empoté de frère ne se résignerait-il donc jamais à activer les mécanismes de son si petit cerveau ? Était-ce si dur de comprendre que s'il désirait un avenir, ce serait en se bougeant et en prêtant allégeance à son propre peuple, pas en rêvant tout haut de lointains qu'il n'aurait sans doute jamais l'occasion de voir ? Cela outrait Alexius. Eden pensait sûrement que la vie qu'il menait était simple, à compter & trier des cailloux, mais ça n'a jamais été facile pour lui non plus. En revanche, est-ce que passer ses journées au lit ou à la maison aidait non seulement la famille à survivre dans un peuple comme le leur ? Ça je ne crois pas, Eden.

─ On ne t’a jamais demandé ton avis que je sache. Je ne demande que ça moi, qu’on me laisse choisir mon destin.

Alexius plissa les yeux. Il contempla son frère faire volte-face, des grognements sourds mourant dans sa gorge. Ce n'était pas une étape très belle de leur vie. Jamais Alexius n'aurait pensé à ce que le destin s'acharne de la sorte sur leur famille à eux. S'il faisait tout ça, s'il sermonnait toujours autant son frère, s'il ne lâchait jamais prise à le secouer, c'était avant tout pour changer ce quotidien ; changer la donne, cesser de voir sa mère pleurer, cesser de voir son père inquiet & à la fois furax. Tout simplement cesser d'avoir cette vision de son frère marchant dans le vide, à destination de nul part. Le blond réprima un soupir de frustration lorsqu'il vit Eden se retourner brutalement, ses yeux semblant lancer des flammes. Alexius en eut un faible pincement au coeur.

─ J’ai été stupide. J’aurais pensé que toi, tu comprendrais que je ne veux pas être médecin. Je pensais que j’aurais pu compter sur toi pour en parler à notre père qui te chéri tant. Mais tu ne te mouillerais même pas pour m’aider si je me noyais, ce qui t’intéresse c’est ton petit rang et tes petites affaires. Il ne faudrait surtout pas contrarier Papa sinon…

Alexius serra les poings pour ne pas perdre son sang froid, attendit que son souffle devienne moins bruyant, avant de lui asséner une claque. Une claque piquante, sonore & retentissante, qui laissait transparaître toute la frustration de l'aîné. User de mots avec Eden ne pourrait sans doute pas changer la tournure des choses. Toutefois, Alexius détestait être violent avec son frère. Ça ne faisait pas parti de ses principes, ça ne l'amusait guère : et pourtant, chez eux, dans cette chambre tout à coup froide et où le silence demeura pour une fois souverain, il venait de lui arracher ces mots perçants de la bouche, en un seul et unique fracas.

Il le fixa, le regard terriblement froid. Ces précieuses gemmes d'émeraude n'avaient plus leur éclat, à ce moment là.

─ Tu veux que je te dise ?

Il cligna des yeux.
Ses lèvres se plissèrent en une fine ligne, avant de se rouvrir bien vite.

─ Ça me tue que tu puisses dire ça, alors que je ne fais que penser au bien de notre famille. Par ta faute, mère verse des larmes inutiles. Papa, tout comme moi, ne veut que ton bien, et tu t'amuses encore à jouer à l'enfant rebelle.

Alexius se tut un instant. Son regard rencontra l'enflammé de son frère, quoi que redevenu un peu plus terne, et il ne put ignorer la marque rouge sur sa joue. Il ne regrettait pas d'avoir fait ça ; et pourtant, le bijoutier était persuadé qu'il le ferait d'ici quelques heures, lorsqu'il s'assurera d'être seul devant sa table de travail & les gemmes de son existence.

─ Je t'interdis de dire de telles choses, Eden. Tu n'en as tout simplement pas le droit, il marqua une courte pause, déviant son regard vers la gauche. Une simple table de chevet en son champ de vision. Et si un jour Grand-Père, Mère ou Papa venait à être malade. Tu y as pensé ? son attention se reporta sur l'autre. Qui aurait pu les sauver ?

Et ses sourcils se froncèrent.

─ Qui, Eden ?
Eden
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Lun 15 Juin - 0:34

NE T'EN MÊLE PAS, LAISSE MOI VIVRE.


Sincèrement, il ne l’avait pas vu venir celle-ci. Avant qu’il n’ait pu comprendre ce qui lui arrivait, Eden sentit une douleur cuisante lui brûler la joue. La main de son frère claqua sèchement contre son visage. Cette fois, il ne s’y attendait pas. Il n’était pas préparé comme avec son père. Il ne pouvait pas la prévoir parce qu’Alexius n’avait jamais été violent, même pour jouer. Eden était bagarreur, pas son grand frère. Cette gifle lui fit plus mal encore que dix assénées par son père. Elle venait de réduire en miette la fierté du garçon. Son frère, son propre frère venait de le frapper sans ménagement pour le faire taire, pour mettre fin à leur dispute, comme le faisait le patriarche. Son frère refusait de l’écouter.

Comme à chaque fois qu’une main rencontrait sa joue, le blond fondit en larme. C’était nerveux, incontrôlable. Il ne pleurait pas parce que c’était douleur, il pleurait juste parce qu’il était humilié, déçu, vexé, furieux, submergé par milles émotions contradictoires. De surcroît, il était incapable de répondre à cela. Jamais il ne pourrait frapper son père en retour, voilà pourquoi il capitulait toujours. Il aurait pu frapper Alexius dans ce cas précis. Pourtant quelque chose dans l’aura de l’ainé lui rappelait son géniteur, et il s’en trouvait paralysé. Eden se laissa retomber sur le sol, une main posée sur sa joue sans pouvoir soutenir le regard glacé de son jumeau.

« Tu veux que je te dise ? »

Non il ne voulait rien entendre. Si seulement il avait tapé plus fort, Eden aurait pu devenir sourd à ses reproches.

« Ça me tue que tu puisses dire ça, alors que je ne fais que penser au bien de notre famille. Par ta faute, mère verse des larmes inutiles. Papa, tout comme moi, ne veut que ton bien, et tu t'amuses encore à jouer à l'enfant rebelle. »

Le cadet se contenta de secouer vigoureusement la tête, les mots restaient agglutinés dans sa gorge. Alexius ne comprenait pas. Il ne comprenait rien. Croyait-il sincèrement qu’Eden appréciait la situation ? Pensait-il qu’il provoquait volontairement la colère de leur père ? Bien sûr qu’il souffrait de voir sa mère pleurer par sa faute. L’indifférence de son grand frère le révoltait. Ils n’étaient plus sur la même longueur d’onde. Il ne pensait qu’au bien de la famille dans son ensemble, quitte à mettre de côté les envies individuelles d’Eden. Il ne voulait pas faire de tord à la famille, mais pourquoi ne pouvait-on simplement pas prendre compte le fait que la médecine ne l’intéressait pas.

« Je t'interdis de dire de telles choses, Eden. Tu n'en as tout simplement pas le droit. Et si un jour Grand-Père, Mère ou Papa venait à être malade. Tu y as pensé ? Qui aurait pu les sauver ? »

Eden leva des yeux immenses et humides vers son ainé, n’étant pas certains de comprendre l’étendu de sa stupidité. Pensait-il vraiment ce qu'il disait ?

« Qui, Eden ? »

« Alexius… On est à Earthea. Il a des dizaines et des dizaines de médecins. Pourquoi devrais-je me contraindre à faire quelque chose qui me répugne simplement pour satisfaire votre égoïsme ? Pourquoi je ne pourrais pas choisir d’être marchant, ou couturier, ou quoi que ce soit d’autre ? Je veux juste qu'on m'accorde le choix. Je n'ai jamais prétendu vouloir quitter Earthea, c'est un rêve de gosse, juste un rêve de gosse. Et je ne suis plus un gosse, malgré ce que tu sembles penser. »

Il se redressa, chancelant, une main toujours plaquée à sa joue.

« Pourquoi tu ne veux pas comprendre ? Moi je tiens à notre famille autant que toi, tu crois que ça ne me fait rien de voir qu’on en arrive là ? Je viens de me faire frapper par mon propre frère. Il eut un rire nerveux. J’ai touché le fond je crois bien. »




EDEN
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Lun 15 Juin - 22:46
Ses yeux s'écarquillèrent quand il prit conscience de la portée de ses actes. Sa main chauffait, était brûlante, & les circonstances commencèrent à lui faire peur. Il en eut un haut le cœur silencieux, et ses cheveux s'hérissèrent doucement d'appréhension. Il avait agi sous le coup de la colère. Son frère l'avait provoqué, lui avait dit de tels mots sans vaciller du regard. Il ne voulait pas perdre Eden de cette façon : c'était bien la première fois qu'il levait la main sur lui, pourtant. Il avait craché avec toute l'aigreur du monde ce dont Alexius avait peur ; à ce moment-là, le blond ne put s'empêcher de laisser toute sa frustration aller dans cette simple claque. Et qu'est-ce qu'il regrettait et regretterait encore plus bien plus tard.

Cependant, ses mots, il ne les regrettait pas. Pas du tout. Il maintenant toujours ce qu'il disait, restait campé sur sa position & ne voulait pas laisser Eden avoir raison alors qu'il savait pertinemment qu'il n'aidait en rien sa propre famille. Alexius, lui, n'a jamais vraiment choisi son métier & s'est adonné à cette occupation par pur coup de tête, ses parents étant dans le besoin. Pour lui, plus tôt il travaillait, mieux ils survivraient. Le tout a porté ses fruits & aujourd'hui, être Chef Bijoutier est non seulement son travail mais aussi une véritable passion ; alors pourquoi Eden n'essayait-il pas de trouver quelque chose qui lui plaisait, au lieu de se laisser aller comme un vulgaire gamin qui refuserait de faire ses devoirs ? Il ne tentait même pas une petite intrusion dans le monde de la médecine et piaillait déjà qu'il détestait cela. Alexius et son frère ne pourraient sans doute jamais se comprendre ?

Un coup d'oeil vers un Eden misérable et larmoyant lui confirma ses pensées.
Jamais.

Son discours sur la médecine eut alors finit de révolter le bijoutier. Il osait encore se plaindre de ne pas pouvoir être sélectif ? Il y en a de ces personnes, qui n'ont pas le choix et qui ne peuvent pas faire autrement que de choisir un métier qu'ils n'ont pourtant jamais convoité. Pourquoi, au final ? Tout simplement pour subvenir aux besoins du peuple & de la famille. Était-il égoïste à ce point ? Ne pouvait-il pas faire un tant soit peu d'efforts, prendre sur lui et au moins se dénicher un petit boulot ? Alexius serra les poings, ses yeux lançant des éclairs. Une veine pulsa sur son front. Oh qu'il se la reprochait cette claque ; mais oh, que son frère le fatiguait.

Alexius tenta de se calmer. De respirer. Il devait retrouver son sang-froid de d'habitude, éviter de s'emporter avec son frère ─ il ne l'écouterait plus, vraiment plus du tout, sinon. En puisant dans tout le self-contrôle qu'il lui restait, le natté rouvrit de grands yeux sur une silhouette furibonde & l'examina quelques instants, avant d'expirer longuement.

Puis il s'avança de quelques pas seulement, le vent frais d'une brise s’immisçant dans leur chambre par l’intermédiaire de la fenêtre.

Et son ton se fit plus doux, quoique vacillant. C'était cela, oui ; hésitant, presque incontrôlé.

─ Je ne voulais pas lever la main sur toi. Je m'excuse, Eden, se défendit vainement Alexius tout en détournant le regard. C'était sous le coup de la colère. Tes mots m'ont vraiment déplu.

Il reconnaissait avoir eu tort de lui donner cette claque. C'était une première pour lui, vraiment : et l'effet n'en était pas satisfaisant. Pas du tout. Ça ne le soulageait pas.
Le jeune prodige se redressa sans laisser à son frère le temps de répliquer, ignorant ses œillades. Il se dirigea vers le lit, au beau milieu de la pièce, et y trouva une place ─ à mi-chemin, il en avait profité pour se racler la gorge et reprendre contenance.
Il n'était plus question de s'excuser, mais de lui renvoyer ses arguments à la figure.

Son regard turquoise transperça alors son jumeau de toute part, et sa voix changea une nouvelle fois de timbre.
Quelque chose qui s'apparenterait sûrement à de la glace froide & acérée.

─ Pitié, Eden, tu ne peux pas essayer de comprendre ? Nos parents se donnent à fond pour te trouver un avenir et tu préfères l'ignorer. Je ne veux pas que tu te retrouves dans la misère, plus tard. Au lieu de ne rien faire de tes dix doigts, tu ne voudrais pas essayer de chercher quelque chose qui te plairait ? Tu ne sais jamais ce que tu veux, ton indécision te perdra, cracha-t-il, son visage laissant transparaître toute une bribe de reproches. Intéresse toi à quelque chose au lieu de jouer au gamin rêveur & ailleurs. La vie n'est sans doute pas aussi belle que tu ne le crois, à Caelestis. Tu m'énerves, Eden. J'essaie simplement de te raisonner et tu n'en fais qu'à ta tête.

Eden
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Mar 16 Juin - 11:26

Alexius fit quelques pas dans la chambre, sans vraiment chercher à se rendre quelque part. Le parquet vermoulu gémit sous ses semelles. Eden demeurait immobile. Sa joue le lançait, elle était chaude sous ses doigts. Une ou deux larmes étaient parvenue à s’échapper de ses yeux et roulaient le long de son menton. La fenêtre claqua derrière lui sous l’effet d’un courant d’air.


«  Je ne voulais pas lever la main sur toi. Je m'excuse, Eden. C'était sous le coup de la colère. Tes mots m'ont vraiment déplu. »

Le blond avait la sensation que la voix de son jumeau lui parvenait de très loin. Il se mit à douter de sa sincérité. Il était incapable de deviner ce que pensait vraiment son frère à ce moment précis. Seule sa colère et son exaspération irradiaient, trahies par son visage crispé et son regard sévère. Eden n’aimait pas ça. Il détestait quand Alexius prenait son air adulte, il se sentait plus immature encore, comme si une marche immense s’était dressée entre l’ainé prodige et le cadet indécis. Depuis quand étaient-ils devenus si différent ? Il n’en était plus sûr. Les mois semblaient filer à une vitesse incroyable et pourtant, Eden avait le sentiment désagréable que la situation avait toujours été semblable. Comme si ces souvenirs de gosses insouciants s’effaçaient pour laisser place à ceux, plus amers, des engueulades avec son père, des pleurs de sa mère, du mépris de son frère.

Alexius s’avança jusqu’au lit et s’y installa, le dos raide, digne comme à son habitude. Eden pivota sur place pour lui faire face à nouveau. Il ne savait plus s’il devait se mettre en colère, il n’arrivait pas à parler à son ainé comme il pouvait parler à son père. Dans un premier temps cela l’amusa. Il avait donc plus de respect pour son jumeau que pour son géniteur. Mais à force d’y penser, cette constatation le bouleversa. Il en était arrivé à un tel point d'audace qu’il n’éprouvait plus aucun sentiment à l’égard du chef de famille. C’était en totale contradiction avec ses propres valeurs, avec son éducation. Contrairement à ce qu’Alexius semblait penser, Eden avait toujours eu une profonde affection pour sa famille. Des deux frères, il avait toujours été le plus démonstratif, le plus affectueux. Nul doute qu’il vivait d’autant plus mal la colère de son père et de son frère précisément parce qu’ils le rejetaient de la dynamique familiale en l’incriminant ainsi. Il était le bon à rien, le fardeau. Bien sûr il ne pouvait pas les contredire, c’était la pure vérité et il en avait conscience depuis longtemps. Cela dit, Eden était têtu, et c’était là le principal problème. Il ne supportait plus qu’on le mette de côté, qu’on l’ignore. Il avait toujours eu besoin d’attention, depuis l’enfance, et ce manque d’intérêt pour ses désirs le rendait furieux, et frustré.

« Pitié, Eden, tu ne peux pas essayer de comprendre ? Nos parents se donnent à fond pour te trouver un avenir et tu préfères l'ignorer. Je ne veux pas que tu te retrouves dans la misère, plus tard. Au lieu de ne rien faire de tes dix doigts, tu ne voudrais pas essayer de chercher quelque chose qui te plairait ? Tu ne sais jamais ce que tu veux, ton indécision te perdra. » La voix d’Alexius avait repris son ton agressif et empli de reproche. Cette fois Eden ne réagit pas. Il ne trouvait rien à redire à cet argument-ci. C’était vrai. « Intéresse toi à quelque chose au lieu de jouer au gamin rêveur & ailleurs. La vie n'est sans doute pas aussi belle que tu ne le crois, à Caelestis. Tu m'énerves, Eden. J'essaie simplement de te raisonner et tu n'en fais qu'à ta tête. »

Cela fit mal à Eden d’admettre que sur ce point, son ainé avait raison. D’accord il hurlait à tout va qu’il voulait choisir son avenir, mais il n’avait jamais fait l’effort de s’intéresser à quoi que ce soit. Il restait toutes ses journées à dormir ou à se promener sans tenter de changer les choses. Dans un premier temps, il se dit simplement qu’il ne voyait pas l’intérêt de chercher puisque son père le lui refuserait, mais en répétant l’argument dans sa tête, il se rendit compte que c’était parfaitement stupide. Après tout Alexius avait bien eu l’autorisation de devenir bijoutier. Le blond soupira. Sa main glissa de sa joue et retomba mollement le long de son corps. Il s’approcha de la fenêtre, écarta d’une main les rideaux usés et passa sa tête à l’extérieur. Pas un souffle ne vint fouetter son visage. Dans la grotte, l’air était statique. C’était étouffant. Le blond ferma les yeux, serrant le rebord jusqu’à ce que les jointures de ses doigts ne deviennent blanches. Il expira profondément avant de revenir vers Alexius, rouge comme une pivoine.

« Je comprend tout ça. Je ne suis pas stupide. » Fit-il en détournant les yeux. Admettre cela lui coûtait plus qu’il ne voulait bien l’avouer. « Je sais juste pas quoi faire, je me dis qu’il faudrait que je me prenne en main, mais chaque fois, toi, ou Papa, vous débarquez dans ma vie avec vos gros sabots, et ça me rend furieux. Je suis frustré que vous ne me fassiez pas confiance, agacé que vous me fassiez des reproches, jaloux de toi, parce que de toute façon tu réussis toujours tout mieux. Au final la colère m’empêche d’être objectif, dès lors j’ai plus qu’une idée en tête, faire le contraire de ce qu’on me dit parce que de toute façon, vos choix pour moi son nécessairement mauvais. » Il marqua un pause dévisageant son ainé. « Je sais ce que tu vas me dire, alors ne le dit pas. Je suis  gamin immature, indécis, un crétin en fait. Si tu pouvais éviter de remuer le couteau dans la plaie, ça m’arrangerait. »

HRP : à corriger, désolée s'il y a des fautes.




EDEN
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 19 Juil - 2:29

Ok la nullarde que je suis a perdu son post serious
AMEN
 
Eden
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Ven 24 Juil - 0:31

Durant tout le discours d’Eden, Alexius resta étrangement calme. Lorsqu’il eut fini, le blond fut surpris de ne discerner aucun mépris ni aucune colère dans les yeux de son frère. Il l’avait écouté sans le couper et resta silencieux un long moment après la fin de la tirade. Le garçon se sentait vidé tout à coup. Hésitant à s’asseoir, il préféra demeurer sur ses pieds pour pouvoir fixer son jumeau. Son cœur battait la chamade, cognant contre ses côtes. Enfin, après de trop longues secondes, l’ainé se leva, le visage neutre, lavé de toute expression. Il n’était plus glacial ni figé par la fureur non, juste vide. Terrifiant. Eden faillit reculer, s’attendant presqu’à une nouvelle gifle. Pourtant il n’en fut rien. Il se contenta de s’approcher, et lui asséna un légère pichenette sur la joue. Il grogna, agacé, mais se retint de s’énerver pour une fois, parce qu’à l’instant même, il avait cru discerner sur les fines lèvres d’Alexius un furtif sourirre.

«  C'est déjà un effort de fait, ça. »

Il se redressa, bien droit comme pour paraître plus grand, prenant sa grosse voix de chef bijoutier et croisant ses bras sur son buste. Eden se renfrogna. Il détestait quand il jouait au grand frère, il n’était pas beaucoup plus vieux que lui après tout, de quel droit lui faisait-il encore la morale ? Il soupira, mais se contenta d’écouter, ne voulant pas écraser trop rapidement l’embryon de conversation qui venait de se former.

« Peut-être que je réussis toujours tout mieux, mais moi au moins j'ai bossé et je me suis entraîné pour en arriver là. Pourquoi n'en ferais-tu pas de même ? Je trouve ça honorable que tu reconnaisses tes défauts et je ne compte pas te rabaisser plus longtemps, mais je me soucie réellement de notre avenir. Si tu ne te plais pas dans la médecine, tu pourrais au moins essayer de te dénicher un métier que tu aimes. Pour ce qui est de papa, je pourrais très bien m'en charger. »

Une lueur furtive d’espoir fila dans le regard bleu d’Eden. Il était tellement soulagé et touché par les paroles de son grand frère qu'il aurait pu en pleurer, s'il n'avait pas été un homme bien sûr.

« C’est vrai, tu pourrais convaincre Papa ? Murmura-t-il, la voix brisée par l’espérance. Il recula de deux pas et se laissa tomber sur le sol s’adossant au côté du lit. Mais à quoi bon ? Je ne sais même pas ce que je pourrais faire, et je suis tellement bon à rien que personne ne voudra jamais m’embaucher nul part. Il soupira, faisant mine de compter sur ses doigts. Je ne sais pas chasser, ni coudre, ni cuisiner, ni… »

Honteux de se plaindre sans rien avoir tenté et réellement désespéré, il plongea sa tête entre ses genoux en fixant le plancher sous lui. Comment faisait Alexius ? Pourquoi était-il toujours tout calme, plein de répartie ? Eden manquait cruellement d’imagination. Il passa sa main dans ses cheveux d’un geste habituelle, chassant son chapeau de son crâne par la même occasion, avant de redresser la tête pour regarder son frère, toujours debout devant lui.

« Sérieux Alexius, je flippe. Qu’est ce que je peux faire ? Ça me tue de te demander de l’aide alors que je fais jamais rien pour toi, je comprend même pas que tu sois encore là à m’écouter me plaindre. Il ricana. Quel pathétique petit frère tu as, pas vrai ? Tu travailles pour me nourrir, me loger, tu me défendrais presque auprès de papa, et moi je fais quoi en retour ? Je te hurle dessus comme un perdu. Il marqua une pause et se leva, s’approchant d’un pas décidé de l’armoire en bois qui trônait dans un coin de la pièce. Il l’ouvrit et se mit à jeter une pile de vêtement sur le lit avant de sortir un gros sac. Je vais partir Alexius. Il est temps que j’arrête d’être un poids pour vous. »  

S’approchant de son frère, il pressa son front contre le sien en fermant les yeux. Ça faisait des années qu’il n’avait plus eu une marque d’affection à l’égard de son frère, ils passaient trop de temps à s’engueuler. Quelque par le contact de sa peau le réconforta. Peut-être qu’il allait le repousser, mais en fait il s’en fichait, il avait juste envie d’agir comme le gosse qu’il était, parce que lui n’avait jamais grandit au fond. Il n’était que le petit frère laissé sur le carreau par son ainé devenu adulte sans lui. Cette constatation lui brisa le cœur. Il aurait voulu rester un gamin toute sa vie, et ne se soucier que de la prochaine bétise qu’il allait faire pour embêter son jumeau et de comment il se ferait pardonner ensuite. Hélas, Alexius ne pardonnait plus si facilement, et ses bêtises avaient d’autres conséquences que quelques égratignures ou un frangin qui fait la gueule.

« C’était plus marrant avant. Tu crois pas ? Pourquoi ça a changé entre nous ? Tu me diras, j'étais pas plus gentil quand on était petit... »






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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 26 Juil - 0:14

Son adoré petit frère eut, pour une fois, la réaction espérée.
Un brasier d'espoir, ─ d'un infime dessein pour l'avenir, sembla l'espace d'un instant embraser de ses flammes l'immensité de ses yeux bleus, si caractéristiques de la famille.
Il avait tout d'abord exprimé un semblant de joie, d'assurance, comme si les paroles de l'aîné l'avait revigoré, ─ et puis il avait tout détruit, en recommençant à se lamenter sur son sort.
Alexius en perdit son sourire ; ou tout du moins, pas tout à fait ─ c'était un sourire crispé par la gêne, désormais. Il vit Eden se plonger dans une sorte de bulle, une intense réflexion, alors il décida de patienter bien sagement, l'observant réfléchir comme si le sort de son destin reposait entre ses mains fragiles, maladroites.

Il passa sa main distraitement dans ses cheveux plus blonds, ceux de l'aîné virant de jour en jour à quelque chose qui ressemblerait à du platine. La tension entre les deux frères était tombée depuis pas mal de temps maintenant, et dans l'air ne flottait plus cette électricité que tous deux connaissaient tant, mais quelque chose de plus particulier.
Peut-être toute la faiblesse d'Eden, et toute la soudaine incompréhension d'Alexius ─ faiblesse du cadet qu'il ne tarda pas à déverser dans un flot de paroles.

─ Sérieux Alexius, je flippe. Qu’est ce que je peux faire ? Ça me tue de te demander de l’aide alors que je fais jamais rien pour toi, je comprend même pas que tu sois encore là à m’écouter me plaindre. Il ricana. Quel pathétique petit frère tu as, pas vrai ? Tu travailles pour me nourrir, me loger, tu me défendrais presque auprès de papa, et moi je fais quoi en retour ? Je te hurle dessus comme un perdu. Il marqua une pause et se leva, s’approchant d’un pas décidé de l’armoire en bois qui trônait dans un coin de la pièce. Il l’ouvrit et se mit à jeter une pile de vêtement sur le lit avant de sortir un gros sac. Je vais partir Alexius. Il est temps que j’arrête d’être un poids pour vous.

Alexius eut l'impression de ne pas totalement encaisser l'impact de ces paroles, alors il préféra se concentrer sur son frère qui s'était rapproché, pour marquer un geste d'affection.
Comme ceux qu'ils se donnaient, plus petits, lorsqu'ils étaient encore bien loin du monde des adultes ─ lorsqu'ils ne savaient pas encore que, plus tard, le degré de leur relation se réduirait à un point où ils seraient au bord de se détester.

Et puis le blond ne réalisa qu'un instant plus tard ; quand il vit son frère lentement clore ses mirettes.
Les mots de son frère, et peut-être, vraiment, cette dernière marque d'affection, purement fraternelle, qu'il venait de lui octroyer.
Tout cela marquait sans doute réellement la fin.
Son frère voulait s'en aller, voulait tout abandonner ─ voulait jouer au lâche, fuir cette vie pour laquelle il n'avait encore rien fait.

Alexius se surprit à pleurer doucement. Il sembla profiter de l'état second de son frère pour déverser quelques larmes, avant de les essuyer d'un geste rageur.
Il sentait une sorte d'étau compresser son cœur.
L’aîné aurait voulu crier encore une fois sur son frère, lui hurler dessus, le gifler non pas avec sa main mais avec la vague violente qui se répercutait contre les parois de son cœur. C'était des larmes de fureur, de rancœur. De la colère qu'il recommençait doucement à accumuler, à cause de voir son frère abandonner ainsi, pitoyablement ─ de voir son frère se débiner comme le pauvre lâche qu'il avait toujours été, alors que l'étincelle d'espoir qu'il avait cru déceler au fond de ses yeux avait réussi à le faire sourire.

C'était si dur de vouloir changer le destin d'une autre personne ; une personne que l'on aime de tout notre cœur.
Son frère rouvrit les yeux subitement, découvrant un Alexius se forçant à être impassible, les mâchoires serrées.

─ C'était plus marrant avant. Tu crois pas ? Pourquoi ça a changé entre nous ? Tu me diras, j'étais pas plus gentil quand on était petit...

Le blond tenta de trouver n'importe quoi pour focaliser son attention, n'importe quoi ─ alors ce fut la marque rougie sur la joue de son frère qu'il dévisagea.
Il avait l'impression que ses paroles allaient se dérober sous lui-même.

─ Parce que j'ai grandi... Je ne suis plus un enfant, et toi non plus, souffla doucement Alexius, se séparant doucement de son frère, peu habitué à de telles marques de tendresse. Tu serais si lâche de t'en aller, laisser ceux que tu aimes derrière toi par simple jalousie ou manque de confiance... Eden.
 
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 26 Juil - 15:51

Lorsqu’Eden se sépara d’Alexius, il scruta son visage. Il eut l’impression qu’on lui écorchait le cœur lorsqu’il ne distingua aucune expression. Il avait bien les yeux un peu gonflés, mais ça, le blond ne le remarqua pas. Eden était de ceux qui avaient besoin d’exprimer leur affection, il ressemblait fort à sa mère pour ça. C’était un besoin viscéral d’attention, surtout venant de ceux auquels il tenait. Son frère quant à lui, demeurait toujours dans la retenue et la maitrise de soit. Ça avait le temps de destabiliser le plus jeune trop soumis aux aléas de ses émotions. Il avait de moins en moins de facilité à cerner son frère, leurs disputes récurrentes n’aidant pas. Non, ils n’étaient plus du tout sur la même longueur d’onde.

« Parce que j'ai grandi... Je ne suis plus un enfant, et toi non plus. Tu serais si lâche de t'en aller, laisser ceux que tu aimes derrière toi par simple jalousie ou manque de confiance... Eden. »

Le jeune homme prit un air boudeur. Il se détourna légèrement et croisa ses bras sur sa poitrine, lançant un regard noir à son jumeau.

« T’es vraiment aussi inexpressif qu’un poisson mort. J’essaye d’être gentil et tu ne me ferais même pas un petit câlin. Frère indigne. »

Il eut un petit rire nerveux. Il lui tira la langue et s’éloigna, faisant les cent pas dans la chambre. D’un geste brusque, il vira le sac du lit et éparpilla les vêtements sur le sol avant de s’étaler sur le lit, contemplant le plafond en soupirant d’aise. Quel enfant il était. Pas de doute, il n’avait pas grandit. Peut-être qu’il n’avait pas eu le déclic. Il n’était pas persuadé qu’on puisse changer sur commande. Eden avait toujours cru sincèrement qu’il finirait pas évoluer, mais aussi intenses fussent les efforts qu’il faisait, ce n’était pas lui qui le déciderait. Il se sentait plus détendu après avoir exprimé ce qu’il ressentait vraiment, plus confiant aussi. Alexius était maintenant au courant de ce qu’il ressentait vraiment. Il n’était pas persuadé qu’il le comprenait, mais au moins, il savait. Ce n’était plus tout à fait un dialogue de sourd. Eden bascula sur le côté pour pouvoir voir son ainé, debout tout près.

« T’as raison, je suis trop lâche, tellement lâche que je pourrais même pas partir. Je voulais juste voir comment tu allais réagir.
Il marqua une pause et s’étira langoureusement en baillant.
Qu’est-ce que tu éprouverais si je partais ? » Demanda-t-il, reprenant un peu son sérieux. Il était bien curieux de savoir ce que penserait son frère.  

Repensant à la phrase de son frère un peu plus tôt, il se redressa rapidement et sauta sur ses pieds en revenant vers son frère. Il se plaça fasse à lui et le dévisagea, un large sourire au coin des lèvres.  

« En fait, je ne suis pas jaloux, je suis beaucoup trop fier de mon grand frère chéri pour le jalouser. Tu es mon modèle Alexius, tu devrais le savoir. » S’esclaffa-t-il sans méchanceté. « Tu m’apprendras à me faire des tresses princesse Alex’ ? » Cette fois il se moquait franchement, mais il avait besoin de détendre l’atmosphère devenue trop lourde. Il saisit l’une des mèches tressées de son frère et l’enroula soigneusement autour de son doigt. « On dirait un poulpe d’Okeanos. »  




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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 26 Juil - 18:08

Il se retourna, prenant une moue digne d'un enfant de cinq ans.

Alexius réprima un soupir d'accablement, parce qu'il pouvait presque sentir des gouttes de sueur s'écouler de son front. Il avait tout de même retrouvé son expression calme et sérieuse qu'il ne s'attribuait guère en dehors de la famille et du travail, ─ parce que Alexius était un être qui accordait beaucoup trop d'importance aux valeurs et au sérieux dans le dur monde des études. Son frère avait beau le réprimander comme il le faisait actuellement sur son manque sempiternel de vigueur, le plus vieux ignorait ces remarques fatigantes et faisait mine de ne rien entendre, même s'il en avait parfaitement conscience. Il savait que son père déteignait de plus en plus sur lui au fil du temps, mais il lui fallait évoluer : accepter de poser le pied dans le monde des adultes, de la réalité tordante, blessante et usante.
Ce qui n'avait pas l'air d'être le cas pour Eden, visiblement coincé en enfance.

Le blond plissa les yeux dans une expression étourdie en voyant son frère s'éloigner un peu plus loin. Eden vira d'un geste peu indulgent la valise qu'il pensait se dépêcher de remplir un peu plus tôt, puis prit place négligemment sur sa couche. Alexius sembla dévisager le bagage dès-à-présent vide, comme s'il ne voulait pas confronter le regard désinvolte de son petit frère.
Il ne savait plus trop quoi penser entre l'énervement passager, les larmes nerveuses qui lui étaient coulées, la rancœur qu'il nourrissait envers Eden, et en même temps, son envie de le protéger, de lui dicter sa conduite comme un grand-frère se devait de le faire. En fait, tout ce qu'il désirait, c'était s'en aller de cette chambre dont l'aura était devenue non pas oppressante mais désagréable, ─ celle qui trempait dans la plus grande confusion Alexius, si habitué à avoir le contrôle de lui-même. Il ne voulait pas revenir ici, désirait laisser Eden tout seul pour méditer sur son comportement pour retourner se changer les idées à Démétrio.

Mais Eden ne sembla pas être de cet avis et coupa court à toute réflexion, brisant la bulle dans laquelle s'était réfugié Alexius.
Il n'entendit qu'une moitié des dires de son frère.

─ ...ce que tu éprouverais si je partais ?

Le prodige releva vivement la tête, presque en alerte. ll décortiqua soigneusement la phrase de son cadet et devina qu'il venait de lui demander son avis sur ses sentiments.
S'il partait...
Alexius n'éprouvait pas réellement l'envie de se confier à son frère. De la fierté ou de la rancune, qu'importe : le besoin n'était pas présent et il le lui fit comprendre en laissant un silence combler l'espace entre leur deux silhouettes.
Je me sentirais indigne.

Puis Alexius vit son frère se redresser soudainement, pour venir lui faire face. Sur son visage était peint un air presque mélancolique, enfantin ─ avec cette pointe de moquerie que l'ainé n'appréciait généralement pas quand ça venait de lui.

─ En fait, je ne suis pas jaloux, je suis beaucoup trop fier de mon grand frère chéri pour le jalouser. Tu es mon modèle Alexius, tu devrais le savoir.

Pour toute réponse, Alexius tira une grimace d'incompréhension, levant presque les yeux au ciel. Il n'était pas réellement sûr de bien percevoir le sarcasme de son frère.
Qu'est-ce qu'il détestait, quand Eden agissait comme ça avec lui.

─ Ton modèle... murmura le jeune chef, comme pour lui-même.
─ Tu m’apprendras à me faire des tresses princesse Alex’ ? On dirait un poulpe d’Okeanos, dit Eden en s'emparant d'une des tresses de son aîné.

Alexius sentit une veine pulser contre sa tempe et se retint d'exploser de colère, le nom de son frère résonnant en écho de rage dans son subconscient.
C'était bien la chose qui le révulsait, qui lui retournait l'estomac : qu'on le prenne pour une fille ou autre créature anormale.

─ Lâche-moi, dit Alexius blessé, des larmes imaginaires cascadant de ses yeux. Tu n'es jamais allé à Okeanos, je te ferais dire.

Il contourna son frère et vint ouvrir la porte, s'adossant contre l’entrebâillement de la porte, ses yeux dévisageant le vilain petit canard qu'était Eden ─ sa colère se dissipant tant bien que mal.

─ Prends ta décision, Eden. Pour cette fois, je te dirais que tu es libre de faire ce que tu veux. Soit tu restes et tu apprends à vivre comme on l'a tous fait... souffla Alexius, tout en continuant sur un soupir. Soit tu t'en vas, et tu laisses tout derrière toi.

Et il avait dit ces paroles sur un ton d'ores et déjà plus détendu, comme s'il parlait normalement ; il n'y avait pas une seule pointe de reproche dans sa voix, ─ il semblait agir presque en pure objectivité.
Mais Alexius ne laissa pas non plus son frère répondre, esquissant un sourire moqueur.

─ Ah, et si tu veux mon avis, le look girly ne t'aidera pas à t'intégrer à Caelestis. Tu ferais bien d'abandonner le rose et le vernis.
 
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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 26 Juil - 20:46

Alexius ne répondit pas à la question, ce qui frustra Eden. Le blond fit la grimace. Quelle tête de mule celui-là, il n’avouerait décidément pas facilement ses sentiments. Que croyait-il, qu’il allait répéter tout ce qu’il lui racontait dans tout Démétrio ? Eden n’était pas comme ça après tout, son frère ne semblait pas se rendre compte de la loyauté qu’il lui vouait. C’était son jumeau après tout, il n’avait jamais passé autant de temps avec une personne qu’avec lui, et leur mère sans doute. Oui, c’était là les deux personnes qu’il aimait le plus. Son père avait toujours été à l’écart de la dynamique. Eden se sentait en sécurité avec son frère et leur mère, l’homme n’était qu’une source de crainte depuis tout jeune. Pourquoi fallait-il qu’Alexius ne se change peu à peu en cet être effrayant et glacial ?

Visiblement, il était exaspéré. Il avait reprit ses airs de grand manitou et fixait son cadet l’air irrité. Il finit par rejoindre la sortie de la chambre, tirant la porte pour s’adosser à l’encadrement. Il vit clairement la fureur de son jumeau à la pique qu’il venait de lancer. Alexius détestait qu’on le confonde ou compare à une fille. De ce point de vue, ils avaient le même complexe. D’un autre côté, à force de se tresser les cheveux, il ne s’aidait pas. Eden ricana. Il aimait bien voir son frère sortir de ses gonds. C’était presque le seul moment où il se décoinçait un peu.

« Lâche-moi. Lança-t-il, un petit air malheureux figeant son visage. Tu n'es jamais allé à Okeanos, je te ferais dire. Il marqua une pause avant d’ajouter :
─ Prends ta décision, Eden. Pour cette fois, je te dirais que tu es libre de faire ce que tu veux. Soit tu restes et tu apprends à vivre comme on l'a tous fait... Soit tu t'en vas, et tu laisses tout derrière toi. »

Eden s’avança pour le poursuivre, le suppliant de ne pas être fâché contre lui, il ne voulait pas le blesser, simplement jouer un peu pour le détendre. Il se détesta d’avoir dit ça, il venait de remettre son frère en colère. Bien sûr qu'il ferait des efforts, il lui promettrait bien, mais Alexius ne le croirait pas.

« Alexius je-… »

«  Ah, et si tu veux mon avis, le look girly ne t'aidera pas à t'intégrer à Caelestis. Tu ferais bien d'abandonner le rose et le vernis. »



Eden sentit la moutarde au nez. Comment avait-il pu songer à s’excuser, ce cafard se fichait ouvertement de lui avec ses yeux de chien battu. Mauvais joueur, comme à son habitude, il se jeta franchement sur son frère cette fois. Prenant appuie sur ses épaules, il lui sauta sur le dos et enlaça ses jambes autour de sa taille, manquant de le faire tomber. Du point, il se mit à frotter énergiquement la tête de son ainé pour le décoiffer.

« Sale petit cafard, mon look n’est pas girly, moi je m’assume en tant qu’homme. Hurla-t-il à l’oreille de son jumeau. Tu me laisses me confier à toi et dire ce que j’ai vraiment sur le cœur mais tu  ne réponds même pas à une seule petite question, tu te moques vraiment de moi sale frère indigne. »

Il finit par relâcher son étreinte autour de ses hanches et lui fit un croche-pied pour l’obliger à tomber. Lorsqu’Alexius fut les fesses par terre, Eden se releva et le contempla, un rictus triomphal aux lèvres.

« J’ai jamais été à Okeanos, mais Grand-Père me les a déjà décrit, ces poulpes. Parce que tu y es déjà allé toi ? » Demanda-t-il en plissant les yeux, suspicieux.




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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Jeu 30 Juil - 20:21



words: 764 ₪ démétrio ₪ eden ₪ brother dear brother
Il s'étonne tout d'abord, puis finit par rapidement s'offusquer de la petite plaisanterie de son ainé. Alexius rigole sincèrement pour la première fois depuis des semaines, et en voyant l'air excédé imprimé sur le visage d'Eden, il ne contrôle pas ses éclats de rire et se moque impunément de son petit frère à son tour humilié de la plus belle façon qui soit. Ils se taquinent tous les deux, se provoquent et jouent à un jeu d'espièglerie, de sournoiserie affective. Au final, Alexius ne sait plus trop quoi en penser, lorsqu'il y pense : soit il se dispute furieusement avec son frère, soit il le pique à vif avec des goguenardises dignes d'un enfant en pleine adolescence.

Mais en définitive, ne sont-ils pas eux aussi des enfants ? Ils n'ont pas encore franchi le cap de la majorité, tous deux, alors que leurs attitudes sont déjà bien distinctes. Alexius commence peu à peu comprendre les dires de son frère. Il se comporte comme un adulte, alors qu'Eden reste coincé dans son berceau infantile. Ce n'est pas réellement ce que désire le plus vieux, mais malgré ces pensées, il reste sur ses positions et se force à voir le différent côté des choses. S'il agit comme ça, il pourra davantage protéger les êtres qui lui sont chers, ─ et c'est ce que le garçon garde en ligne de mire, à ce jour.

Ses rires cessent bien vite lorsqu'il sent son frère exercer une prise martiale sur lui, comme il avait l'habitude de faire lorsqu'ils étaient plus jeunes. Alexius tombe à la renverse sur le bois de leur chambre quand son jumeau décide de, surprise, lui faire un croche-pied ─ alors sa mine se renfrogne, se transforme en moue boudeuse, et sa voix perd de son éclat. La plaisanterie qui se transforme en rancune enfantine envers son frère.

─ J’ai jamais été à Okeanos, mais Grand-Père me les a déjà décrit, ces poulpes. Parce que tu y es déjà allé toi ?

Se frottant fébrilement l'arrière du crâne, le bijoutier garde le silence quelques instants, laissant la question d'Eden en suspens. Un soupire s'échappe de ses lèvres, puis il se relève lentement, époussetant sa cape d'ébène. Il n'est jamais allé à Okeanos, mais il sait plus que bien à quoi cela doit ressembler ici-bas, dans les eaux profondes et sinueuses de la mer. Il sait qu'il sera tôt ou tard destiné à y aller, mais il préfère repousser cette éventualité encore un peu plus loin avant d'affronter la réalité, ─ parce que Alexius n'a pas de mal à s'imaginer nager, et l'épreuve défectueuse qu'il a passé ne lui apporte pas forcément de superbes souvenirs quant à la natation. Le blond finit par sourire doucement, reprenant sa place initiale. L'océan ne lui fait pas peur, ─ la dictature et tout ce qui s'y trame, si.

─ Je n'aurais pas la prétention de dire que j'y suis allé, traîne-t-il tout en jouant distraitement avec une grosse améthyste étincelante. Je n'ai pas encore pu voir les abîmes du peuple des mers, il relève les yeux, mais on m'a d'ores et déjà informé comme quoi je devrais bientôt m'y rendre.

Silence. Il toise son frère avec un sérieux indescriptible, avant de passer son doigt sur la surface de l'encadrement de la porte, celle-ci faite d'un bois tendre que l'on ne trouve qu'à Earthea. Il y recueille de la poussière, qu'il fait disparaître pensivement sous les yeux de son frère Eden.

─ Et peut-être même qu'un jour, je pourrais aller à Caelestis, s'amuse Alexius en posant de nouveau son regard bleui sur sa presque copie-conforme, un rictus provocateur scindant en deux ses lèvres. Le bijoutier le contemple un instant, moqueur et faisant tout pour étouffer le rire qui menace à tout instant de franchir ses lèvres, ─ puis il contourne son frère, avisant un siège à quelques mètres.

─ Enfin, je ne sais pas, continue Alexius sur un ton déjà plus sérieux, pas vraiment désireux de repartir sur une chamaillerie puérile. Okeanos est un endroit intrigant, mais je dois avouer que je serais bien contrarié de me séparer de ma bien aimée Earthea pour quelque chose d'aussi humide. Tous les jours, on entend des choses un peu louches courir au Marché Medicina, quand je vais travailler. J'ai l'impression que nous sommes les plus tranquilles en ce moment, même si je suis pensif à l'égard des Caelestiens, conclue-t-il, les yeux dans le vague et la main en guise de support pour sa tête. Il a l'air d'en oublier son frère, et pourtant, il se confie réellement, ─ pour une des rares fois.


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Re: Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN écrit le Dim 2 Aoû - 14:42

Tu veux qu’on discute calmement, mais te me provoque sale poulpe absurde. Grommela Eden en s’adossant contre le mur en plongeant ses mains dans sa poche. Il poussa un profond soupir, cillant un instant en louchant sur la grosse pierre luisante avec laquelle son jumeau jouait depuis un instant. Il tendit l’index vers elle pour la désigner. Qu’est-ce que c’est comme joyau ? S’enquit-il. Il aimait bien la couleur du bijou, il était d’un joli rose éclatant. Alexius le contourna pour aller s’asseoir, l’air pensif.

Eden le rejoignit et s’installa à même le sol, les jambes sagement croisées, intéressé par son discours à propos des autres nations. Il entendait lui aussi des tas de choses, que ce soit de la part de son père qui pestait au sujet des étrangers ou dans les rues de la ville. Il était d’accord sur le fait qu’Earthea vivait dans un calme relatif contrairement aux deux autres. Etait-ce parce que leur politique neutre n’offensait personne ou bien leur réputation de sauvage les mettait à l’écart de toute considération diplomatique ?  Le blond n’était pas très sûr. Il avait bien une connaissance, un voleur avec qui il en discutait parfois, mais c’était un type un peu bavard, le genre de personne née chasseuse, prétendant ne pas vouloir avoir d’opinion mais qui en avait une quand même.

Dire qu’on nous traite de sauvage. Nous en attendant, on ne passe pas notre temps à chercher la guerre. Eden haussa les épaules, levant les yeux vers le plafond. Si être un sauvage veut dire vivre en paix alors je veux bien en être un. Il hésita un instant, se remémorant les descriptions de son grand–père à propos de Caelestis et de son armée, de leur armure luisante et de leur hiérarchie. Quelque part, il admirait cette détermination, ces hommes et ses femmes capables de tout sacrifier pour s’engager pour leur nation. Eux n’exécutaient que des ordres, les coupables des conflits étaient plus haut. Serait-il capable d’en faire autant pour Earthea ? Prendre les armes et défendre sa nation au péril de sa vie ? Il espérait que oui.

Tu crois qu’un jour ce sera notre tour d’entrer en conflit avec l’une ou l’autre des nations ? Est-ce qu’ils viendront jusqu’à  nous ?

Il se frotta le menton, pensif, avant d’écraser son poing serré dans la paume de sa main, un petit sourire déterminé au coin de la bouche.

Si ça devait arriver, je me battrais pour Earthea. Ils vont voir de quoi ils sont capables, les indigènes. Fanfaronna le garçon, s’imaginant déjà combattre les soldats ennemis. Ils vont goûter de mes poings ! Le jeune homme s’esclaffa un instant, frappant le vide de ses mains closes. Je te défendrais, frérot, personne ne touchera à tes pierres.

Silence, il laissa l’excitation redescendre.

N’empêche. C’est compliqué la politique. J’aimerais bien aller visiter les autres nations, voir ça se plus près. On entend tellement de chose par ici, mais aucun discours n’est le même, comment se forger sa propre opinion avec autant de versions différentes ? Papa est des plus agressifs, je n’ai pas envie de me cantonner à son discours extrême. Grand-père est plus indulgent mais il n’a plus quitté Earthea depuis des années, les choses ont changé depuis qu’il voyageait. Et du reste, il y a tout ses gens qui jugent sans savoir, qui répète ce qu’on leur dit. Je ne veux pas de ça, je veux avoir ma propre idée des choses. Il se gratta l’arrière du crâne, songeur. Quand tu iras à Caelestis, ou à Okeanos, tu me raconteras, pas vrai ? Tu me diras comment c’est là-bas, comment ils vivent et comment ils pensent ?  

Son cœur battait plus vite à l’idée de nouvelles histoires qu’on pourrait lui raconter. Il avait fait le tour de celle de son grand-père et avait faim de nouveautés. Le blond avait toujours adoré les histoires, surtout à propos de voyage. Parfois il maudissait son aïeul de s’être sédentarisé. S’il était né nomade, il aurait pu voyager un peu partout, chercher à comprendre les siècles abandonnés. Peut-être bien qu’il n’aurait pas été un peureux comme aujourd’hui. Sa petite vie confortable, bien au chaud à Démétrio l’avait rendu casanier et anxieux rien qu’à l’idée de sortir. Il enviait les chasseurs par exemple. La position confortable ne lui avait pas vraiment permis de devenir indépendant. Bien sûr, son caractère n’y était pas pour rien non plus, mais à force de se laisser porter en permanence, il se sentait en dehors de toute dynamique. Il se redressa et s’approcha d’Alexius, l’air suppliant.

S’il te plait, s’il te plait, tu me raconteras tout hein ?





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EDEN
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Pourquoi tu remets tout le temps ça, fréro ? ─ EDEN

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