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a fresh poison each week • joshua

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Ignatius
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a fresh poison each week • joshua écrit le Dim 19 Juil - 20:15
ignatius n'aimait pas le sang.
il n'aimait pas revenir de chasse couvert du sang ses proies : mais surtout, il n'aimait pas son œil, rouge écarlate.
sanglant.

sa voix se brisa et il s'excusa, avant de reprendre son chemin ; puis on l'interpella, lui conseillant de ne pas piétiner les fleurs ou de les tâcher de sang – ignatius soupira. il ne  voulait pas un bouquet ou de la décoration.
ce n'était pas ce qu'il cherchait.

une goutte de sang s'échappa de son bandeau.
son œil s'était mis à saigner et de simples fleurs lui étaient inutiles : déjà, le sang avait enveloppé sa vision, et il oscilla, manquant de perdre l'équilibre.
sa démarche faiblissait, et ses jambes fléchissaient peu à peu.
il pressa le pas, se forçant à se redresser : de son inconfort naquit un sourire adressé aux différents passants qu'il avait croisé, et sa fatigue disparut, repoussée.

ignatius grogna et tâta sa médecine achetée, rangée dans une de ses poches : son traitement nécessitait une plante médicinale qu'il avait préféré chercher lui même, seul.

noyé parmi les fleurs, ignatius se perdait, titubait – toutes les couleurs assaillaient ses yeux, et il s'arrêta un instant.
déjà, certains le regardaient avec inquiétude ; un soupir s'échappa de ses lèvres, et ses épaules s'affaissèrent.
il essuya doucement le sang à l'aide sa main, grimaça, et se redressa, avant de se laisser avaler par les fleurs.

il finit par trouver la plante et la cueillit doucement, la plaçant délicatement avec sa médecine, et analysa les alentours.
il s'était perdu, encore.

ignatius leva la tête, dans l'espoir de retrouver son chemin.
il ne vit que du rouge.

je suis désolé, murmura-t-il.
peut-être était-ce une prière adressée à un dieu auquel il ne croyait plus.

sa démarche était à présent plus silencieuse et lente : ignatius s'était approché un champ entouré de botanistes et de passants, et ne voulait pas être remarqué.

il n'était qu'un chasseur – un piètre chasseur, certes, mais les plantes n'étaient pas dans ses occupations.
ce n'étaient pas elles qui allaient le guérir – rien ne pouvait.
c'était peut-être ce qu'il espérait se convaincre.

il chancela, encore : et il s'arrêta, confus.
il n'avait jamais pensé la voir ici.
sa respiration se fit discrète et ignatius resta immobile : il était invisible.
il l'avait été pour elle quelques semaines.

joshua, fit-il.
telle une prière adressée à lui-même.
ou une excuse silencieuse.

ses yeux ne la quittaient déjà plus : ignatius ne pouvait la fuir.
peut-être était-ce pour cela qu'il avait décidé de ne devenir qu'un fantôme à ses yeux.

que fais-tu ici ?

sa voix se brise encore, incertaine.

joshua ne l'avait jamais quitté, pas même quand il passait la nuit avec d'autres femmes : ignatius ne pouvait s'enfuir.
il n'y avait pas d'échappatoire.

ignatius était un condamné. prisonnier.
il revenait toujours, qu'il le veuille ou non : il ne pouvait se passer d'elle.
joshua était son châtiment et sa réalité.
il était sien,
et il ne savait pas si elle était sienne.
Joshua
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Lun 20 Juil - 0:51


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Dans les champs, il y a toujours des nuisibles.

On a beau arracher les mauvaises herbes, exterminer les petites bêtes, retourner le sol, protéger les fleurs — certaines d’entre elles se retrouvent les pétales grignotés, les feuilles trouées, la tige écrasée.
Joshua erre dans le jardin sans discrétion. Elle se fiche d’être vue.

Dans les chemins terreux il y a l’épée d’un défunt qui traîne et dessine derrière ses pas une profonde tranchée. On n’aura aucun mal à retrouver la coupable de ce petit massacre. Joshua n’a jamais eu l’intention de fuir ; comme un piètre débutant, elle sème sans gêne des indices pour s’incriminer.
Joshua marque les endroits où elle passe et signe ses méfaits pour que l’on sache.
Elle voit en chaque condamnation, qu’elle fût explicite ou évasive, la possibilité de la plus minime des repentances.
Elle se sustente d’un terreau de jugements.

Joshua a les bras ballants et le dos rond — aujourd’hui elle marche comme vers l’expiation. Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle fait là, pourquoi elle fait ça.
Elle n’a rien fait de mal aujourd’hui. Joshua ne joue pas les victimes : elle encourage son infamie de la même façon que ses détracteurs.

Il y a longtemps, elle parvenait à onduler dans les champs d’Eve sans effleurer le moindre bourgeon.
Joshua se déplaçait dans la flore sans la faire trembler. Elle avait le pas aussi rapide que le vent, la légèreté d’une brise, le mutisme semblable à un courant d’air.
Désormais, elle a le talon lourd qui s’enfonce dans la terre comme pour commencer à creuser une tombe.

Elle s’est arrêté au niveau d’un parterre de fleurs inutiles. Elles n’ont aucune vertu médicinale, aucune fonction spéciale.
Elle déposa l’arme à ses côtés : quelques curieux lui lancèrent des regards réprobateurs, et elle consciente de sa faute, ne fit rien pour limiter la casse. Une dizaine de boutons étaient déjà aplatis dans un dernier souffle de pollen doré. Ils gîssent désormais sous la lame émoussée.

Joshua.

La tête de l’interpellée se releva vers le ciel.
Le visage de Ignatius y trônait comme un soleil.

Les yeux de la menteuse se bardent soudain d’une sincérité nouvelle. Il y a un sourire qui se dessine lentement, mais elle ne répond pas tout de suite.

Que fais-tu ici ?

Son sourire retombe presque aussitôt.
Joshua sait que Ignatius revient comme un boomerang, mais elle ne sait jamais vraiment quand. Il va et vient, s’en va, revient.
Il a choisi ce moment pour réapparaître enfin.
Joshua l’accueillera toujours parce que malgré tout, malgré ça, elle trouve Ignatius d’une beauté sans pareille.

Mais dans les jardins, il y a des nuisibles qu’on ne soupçonne pas. Ils se terrent et ne sortent que la nuit ou au moment propice.
Il y a des nuisibles qu’on ne suspecte même pas. Parce qu’ils ont déjà commencé à picorer les racines.

On confond le drageon et le gourmand d’une plante. Le premier est une copie et l’autre une infamie voleuse d’énergie.

Joshua et Ignatius, c’est le drageon et le gourmand de l’autre.
Ils sont identiques et ils se détruisent.

Je t’attendais.

Joshua répond avec un sourire sincère, avec naturel. Elle a le don d’escorter ses mensonges d’une allure probe et cordiale.
Un mensonge n’est rien s’il n’est accompagné que par des mots. Et elle sait que les siens font du bien à Ignatius. C’est bien le seul qui en tire le moindre avantage.
Elle avait bien décelé dans la manière qu’il avait eu de prononcer son prénom une pointe de regrets, de culpabilité. Joshua ne lui en veut pas.

Viens donc t’asseoir.

Et sa main tapote une place juste à côté d’elle, au plus proche de sa carcasse.
Viens donc prendre racine Ignatius.

Mais il faut savoir qu’il y a des nuisibles qu’on ne soupçonne pas.



Spoiler:
 


Ignatius
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Lun 20 Juil - 18:54
dans ses yeux, ignatius croit y apercevoir une lueur d'espoir.
peut-être n'est-ce qu'une illusion.

son souffle se fait court : il lui suffit d'un regard et déjà, il se perd, se noie dans sa silhouette ineffaçable de sa mémoire.
elle l'aspire. l'emprisonne.

ignatius est pris dans un tourbillon de mensonges dont il se délecte sans ne jamais savoir s'arrêter.

je t'attendais.

s'il esquisse un sourire, elle ne peut le voir : son masque le cache, se dresse entre eux deux.
c'est la dernière barrière qui lui reste.
mais déjà, elle s'écroule.

la tentation est irrésistible. ignatius le sait.

viens donc t'asseoir.

s'il hésite, son corps ne montre rien. son visage reste passible, mais ses mains se relâchent.
s'approcher d'elle est dangereux et il le sait.

la tentation est irrésistible. il y succombe sans même s'en rendre compte.

il relève la tête : si ses dents se serrent, elle n'en voit rien.
si ses pas se font tremblants, elle n'entend rien.
s'il saigne, alors son sang lui est invisible.
et si ses épaules s'affaissent, et que des frissons lui parcourent le corps, alors ignatius en est le seul conscient.

je vois.

sa voix atténuée par son masque ne dévoile ni son incertitude ni sa fatigue.
ignatius a fui, comme toujours, pour lui revenir – comme toujours.

je ne t'ai pas trop fait attendre, j'espère.
comme si quelques semaines ne suffisaient pas.

joshua ne prononce qu'affabulations, et il le sait.
et dans ses paroles qui ne cherchent qu'à imiter la vérité, il pense y déceler un éclat de sa réalité : dans ses mensonges, ignatius semble trouver enfin l'équanimité.
il ne sait pas si c'est ce qu'il recherche.

la tentation est irrésistible. il ne sait plus ce qu'il est.

j'ai péché, avoue-t-il, tête basse.

il ne relève pas les yeux : ignatius a péché.
il le sait. c'est de sa faute.

alors, assis à côté d'elle, ignatius demande le pardon.
il n'est qu'un homme sans dieu en qui placer sa foi, mais implore l'absolution.

ignatius a péché.
il le sait.

je suis désolé.

c'est auprès d'elle qu'il demande le pardon, car c'est auprès d'elle qu'il a péché.
ignatius a cherché à s'enfuir et l'oublier.
joshua est sa pénitence.

la tentation est irrésistible. elle est cette tentation.

il est voué à lui revenir : elle est sa prison et sa liberté, et ses mensonges sont son réconfort.
il ne peut s'en passer.
il s'en nourrit, comme perséphone : ses mensonges sont ses grains de grenade.
ignatius est condamné – et s'il part, dans l'espoir de pouvoir un jour se dérober de son emprise,
il reviendra toujours.
car perséphone a beau disparaître six mois, elle ne quitte jamais hadès ;
ignatius a beau fuir, mais ne quitte jamais joshua.

ainsi est l'histoire. ainsi est son mythe.

ignatius revient toujours : et, toujours, elle l'accueille sans objurguer, mais il sait qu'il ne le mérite pas.

alors s'il doit prier un dieu auquel il ne croit plus pour qu'elle l'accepte, il priera.
s'il doit jurer que ses lèvres ne seront plus que siennes, alors, il jurera.
et s'il doit la supplier, les jambes tremblantes, pour son pardon, alors il le fera.

je suis désolé, répète-t-il enfin.

la tentation est irrésistible. ignatius en est la victime.


Spoiler:
 
Joshua
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Mer 22 Juil - 18:42


mychurchoffersnoabsolution



Si Ignatus voit sa présente condition comme une malédiction, Joshua la considère tout autrement.
Il y a eu un temps où elle côtoyait déjà sa présence. Dans les profondeurs des forêts, dans l’action des chasses, dans la mauvaise adrénaline que lui inspirait toute cette débâcle.

Joshua n’a jamais apprécié chasser : elle en avait peur. Ses gestes étaient mécaniques, mesurés, calculés.
Or, la chasse est une affaire de sens, d’instinct, de palpitations, de prédictions. En cela, si Joshua avait pu paraître comme l’une des meilleures, elle en fut aussi la pire sans que personne n’ait pu s’en douter l’espace d’une seconde.
Toutefois, si Ignatius l’accompagnait, la peur se faisait avaler.

Ignatius avait tout de l’homme parfait. Doué, plein d’espoir, de vivacité.
Joshua s’inventait un futur mensonger dans lequel il évoluait à ses côtés : mais la peur subsistait.

Joshua n’aurait jamais pu s’imaginer que le jeune chasseur puisse lui porter le moindre intérêt, autre que celui d’aller planter les dagues et les flèches dans la chair des proies et à les dépecer sans tarder.

Ignatius n’avait jamais crevé le coeur de Joshua,
parce qu’elle n’avait jamais eu le courage de lui proposer d’en être le nouveau propriétaire.
Joshua avait toujours été doué dans ses mensonges — on n’avait jamais pu lire dans ses yeux qu’elle voyait en lui plus qu’un simple allié. Si l’on avait pu déceler quelque chose, on aurait attribué la petite étincelle dans ses prunelles comme le spectre du respect.
Joshua avait toujours trompé Ignatius. Aujourd’hui ne faisait pas exception. Mais désormais le vent tournait à son avantage.

Je ne t’ai pas trop fait attendre, j’espère.

Il semblait qu’il ne lui fallait pas plus de prétexte que cela pour que le jeune homme revienne vers elle.
Elle retient un léger gloussement de bonheur à ses mots. La carcasse d’Ignatius se plante à ses côtés. Il y a son épée qui les sépare, mais Joshua ne s’est jamais senti aussi proche de lui.

Au fond d’elle, il y avait un minestrone de tristesse et de soulagement qui se réchauffait. Si elle devait répondre sincèrement, elle dirait qu’elle avait langui sa présence, qu’elle s’était parfois même rongé les sangs.
Qu’elle avait jalousé dans ses pensées des silhouettes sans nom, sans visage, sans parole, qui avait profité de lui et parce que, par leur faute, elle avait été privé de son existence.

Non, non.

Sa tête se secoue pour appuyer sa négation légère, sans la moindre note d’amertume.
Son visage est illuminé par un sourire à la fois sincère et factice, et ses cheveux flamboyants ondulent sous les frasques du mouvement.
Joshua minaude mais rien ne semble être trop appuyé pour Ignatius.

Il est dépendant de sa mascarade.
Sa tête à lui se contente de se baisser, comme un chien pris en faute.

J’ai péché, je suis désolé.

La main de Joshua se glisse sous le menton masqué de son interlocuteur. Elle savoure le moindre contact qu’elle puisse avoir avec lui — et après des semaines, c’est comme si ses mains avaient été gelé par le froid ardent et qu’elles se collaient finalement à des braises incandescentes : l’apaisement amenait un léger élancement.

C’est horrible de penser ainsi; mais Joshua trouve en ces pardons la preuve qu’Ignatius ne peut se passer d’elle. Après tout, on ne s’offense de son propre comportement et cherche à l’expier qu’auprès desquels on tente de se montrer digne.
Ignatius ignorait tout simplement qu’il n’avait plus rien à gagner vis à vis de la chasseuse déchue : elle était déjà sienne.

Elle s’habille d’un léger manteau de sincérité pour quelques secondes.

J’ai presque cru le temps d'un instant que tu m’avais remplacé.

Ses yeux turquoises se plongent dans ceux d’Ignatius, son index soutenant toujours son menton habillé, son visage plus proche du sien. Elle a un air terrible, puis ses traits s’adoucissent et de sa gorge se déploie un léger rire.

Elle rigole parce qu’elle sait que c’est impossible.

Ne sois pas désolé. J’ai été très occupée moi aussi.

Mensonge.
Elle n’a servi dans sa tente que des fausses prédictions en scrutant les étoiles pour y lire la date de son retour.
Mais Joshua n’a pas de don — elle en vient presque à l’oublier. Sa boule de crystal était restée vierge de tout indice sur ce que faisait Ignatius.

Mais Ignatius était là désormais.

Tu es là, maintenant, c’est tout ce qui compte.



Ignatius
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Ven 24 Juil - 1:58
ignatius avait autrefois goûté aux flammes.

il se rappelle avoir brûlé aux yeux des autres – ignatius avait tout d'un feu inextinguible.
il ne sait plus ce qu'il est, à présent.
ses flammes se sont éteintes.

non, non.

il ne sait pas si c'est un mensonge.

joshua est son châtiment.
peut-être est-ce pour cela qu'il s'abreuve de ses paroles et s'imprègne de son odeur : elle l'empoisonne. l'infecte.
ignatius n'a jamais cherché à lui résister.

car il n'est qu'un lâche, qui se se perd dans ses discours dénués de vérité : comme l'homme qui ne peut vivre sans eau,
elle est sa dépendance.

son histoire commence ainsi : ignatius a besoin de joshua.
sa fin se termine de la même façon.
c'est un fait qu'il ne peut dénier.

j’ai presque cru le temps d'un instant que tu m’avais remplacée.

sa main se pose sous son menton et il relève la tête : il ne saigne plus.
peut-être est-ce sa déclaration qui en est la cause ; et s'il semble frémir sous le contact de ses doigts, il ne le cache pas.
son toucher l’ensorcelle, le galvanise : alors que bien des mains et des baisers ont retracé son geste,
ignatius n'a jamais brûlé comme il semble le faire en sa présence.

te remplacer, me dis-tu.

un léger rire émane de sa bouche – ce n'est qu'une maigre tentative de déni qui s'efforce de draper son incertitude.
ignatius a franchi sa porte accompagné de sa lâcheté, aujourd'hui.
il ne l'avouera pas : elle le sait déjà.

ne sois pas désolé. j’ai été très occupée moi aussi.

ignatius regrette son indifférence dont il fit autrefois preuve : peut-être auraient-ils pu connaître une meilleure fin, s'il n'avait pas été borné par la chasse.
peut-être auraient-ils pu se rencontrer correctement, si certaines morts n'avaient pas eu lieu.
mais désormais, il n'est que cendres. les braises se sont éteintes.

et si son rire semble glisser sur sa peau, il n'en fait rien ; si son rire semble se graver dans sa mémoire, comme auparavant, ignatius ne s'y oppose pas.
elle l'ensorcelle. encore et toujours.

tu es là maintenant, c'est tout ce qui compte.

s'il frissonne à ses mots, elle ne peut le sentir : mais déjà ses doigts l'attisent, et ignatius sait qu'il a perdu.
un toucher lui suffit et il succombe, encore.
ainsi va son histoire.

as-tu vu mon retour dans tes prédictions ?

sa réponse lui est déjà connue, et pourtant il ne cherche qu'à l'entendre : sa voix sonne merveilleusement bien à ses oreilles, même si tout n'est qu'affabulations.

il en rêve. s'y attache.
son emprise est semblable à une morsure de serpent : le venin coule dans ses veines comme ses mensonges s'ancrent dans sa tête.
mais ce venin ne l'achève jamais, et ne fait qu'arpenter son corps ;
ces mensonges, eux, tatouent sa mémoire qu'il ne peut oublier.

ses yeux ne quittent jamais les siens ; il ne sait pas comment il a pu les oublier le temps d'une nuit.

ignatius brûle sous son regard.

joshua, fait-il en abaissant légèrement son masque.

son prénom se fait clair dans sa bouche et il ne s'en lasse pas : ces syllabes qui roulent sur sa langue ont le goût d'un vin qui lui est inoubliable.

s'il glisse une main sur la sienne, ce n'est que pour se rassurer qu'elle est bien réelle ;
et s'il la guide sur sa propre joue, ce n'est qu'afin de lui montrer à quel point il brûle quand elle le touche.

s'il pouvait, ignatius ne brûlerait que pour elle.
ses lèvres effleurent les siennes sans s'arrêter : malgré sa réponse, il sait qu'elle a tous les droits de le refuser.

tu m'acceptes toujours sans ne jamais dire quelque chose, murmure-t-il. je ne comprends pas.

il ne cherche qu'à l'entendre, afin de s'en imprégner.  
ignatius ne brûle qu'avec joshua.

amour:
 
Joshua
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Dim 26 Juil - 13:41


mychurchoffersnoabsolution



Si Ignatius croit brûler de nouveau avec Joshua, il se trompe.
La fumée qu’il perçoit ne provient pas de braises — juste des cendres qu’elle remue et qui volent dans un nuage de poussière sous les mouvements qu’elle exerce au-dessus d’elles.
Ignatius et Joshua forment une danse spectrale, fantomatique. Leurs silhouettes sont crayeuses, poussiéreuses.

Ils ne sont que des carcasses incolores, vestiges de ce qu’ils furent autrefois.

Joshua a toujours trouvé qu’ils formeraient un duo idéal. Elle ne se doutait pas (et cette idée ne lui effleure toujours pas l’esprit) qu’ils se mélangent parfaitement parce qu’ils ne sont qu’un tas de charbon.
Inflammables, issue de la déchéance d’une matière qui autrefois fut afflictive.
Ils sont aujourd’hui inorganiques.
Anthracites.

As-tu vu mon retour dans tes prédictions ?

Elle n’a lu dans sa boule de crystal que son propre visage triste, fatiguée : Joshua a scruté les tréfonds de son reflet déformé pour espérer y lire une quelconque destinée.
Joshua est incapable de décrypter quoique ce soit. Le seul don dont elle a hérité est celui de s’inventer ses propres histoires.
Elle n’a pas besoin qu’une boule de verre ne lui invoque des chimères prophétiques — elle monte seule ses élucubrations : et imagine alors les nombreuses fatalités qui pourraient l’assujettir.

Elle se contente de laisser fleurir un léger rire. Joshua sourit toujours de toutes ses dents lorsque Ignatius est avec elle.

Après tout, le prédateur montre toujours les crocs avant de se rassasier de la dépouille de sa proie.
Ce qui rend le crime terrible, c’est qu’elle ne sait pas qu’elle déchire la chair d’Ignatius.
Elle ne sauve rien.
Elle n’aide en rien.  Joshua est le pire des pillards, et Ignatius le pire des martyr — cela fait longtemps qu’il n’y a plus grand chose à grignoter sur lui.
Ignatius n’est que carcasse et peaux souillées, et Joshua dans le même tombeau a déposé sa propre dépouille pour l’accompagner.

C’est une étrange sépulture que ces deux là dessinent dans un parterre de fleurs.

Oui. Les détails étaient flous, changeants, mais cela importait peu : j’y ai lu tout de suite ton regard.

Cela voulait tout dire. En ce sens, la vision factice ne pouvait être plus claire, et l’erreur impossible : Ignatius avait dans ses prunelles la marque de sa singularité.
Si sa blessure était l’empreinte de sa couardise, celle de Joshua était étalée entre lui et elle.
L’épée provoque un léger reflet sur sa peau satinée : le soleil frappe fort. Et leurs stigmates brillent en pleine lumière.

Joshua.

Oui ?

Dans son ventre il y a un petit feu d’artifice qui éclate tandis qu’il porte sa main jusqu’à sa joue. Sa respiration se fait haletante. Entendre son nom de sa bouche, résonner dans son timbre de voix si chaud, si rauque, la fait presque trembloter.
Joshua a toujours été sous le charme de ce son étrange que chantait Ignatius.

Tu m’acceptes toujours sans jamais dire quelque chose.

Le coeur de Joshua manque un battement. Ignatius a brisé une sorte de pacte informel : cette vérité là n’a pas sa place dans cette conversation.
Il a fracassé le moment qu’elle attendait depuis des semaines — ses lèvres là, tout près, qu’elle avait envie de dévorer, lui semblent alors presque ternes l’espace d’un instant.

Je ne comprends pas.

C’est parce qu’il n’y a rien à dire.

Elle s’est empressée de répondre, comme pour l’arrêter avant que ce ne soit trop tard.

Et ses mains encadrent son visage meurtri — elles sont froides, comme celles d’une morte. Elle veut juste se réchauffer, Joshua.
A l’inverse d’Ignatius, sa faim est impérative, primordiale, sans retenue. Elle ne veut pas de douceur après tant d’attentes, et ne fait preuve d’aucune prudence : sa bouche se plaque contre la sienne et rompt le velouté de leur retrouvaille. Elle en a assez de le frôler, elle veut le sentir, le brusquer.
Sur les lèvres de la divinatrice, il y a juste un rouge à lèvres d’urgence. La brillance de l’avidité — elle n’attend de leur serment informulé que son tribut.

Quand finalement ses lippes se décollent des siennes, ses joues sont rougies de la ferveur dont elle s’est habillée pendant de longues secondes. Son front se colle contre celui du chasseur. Sa proximité est à la fois agréable et incommodante.

C’est parce qu’il n’y a rien à dire… elle répète dans un murmure, alors que sous ses paupières closes des images terribles s’imposent dans son esprit. Des silhouettes élancées qui se plaquent à la sienne, des draps remués, des respirations essoufflées.

Puis ses yeux turquoises, perçants, terribles, se rouvrent et se plongent dans ceux de celui dont elle a toujours voulu appartenir : qu’elle a toujours souhaité obtenir.
A l’image de ses mains, ses prunelles sont froides comme la glace, et sa voix cesse d’être un doux susurrement. Elle s’habille d’une dureté nouvelle.
Mais qu'il ne s'en inquiète guère : Joshua ne reste jamais bien longtemps en colère contre Ignatius.

…n’est-ce pas ?

Ignatius, elle ne veut pas de vérités.
Alors présente lui un mensonge, juste un mensonge, encore une fois, s’il te plaît.


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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Mar 28 Juil - 15:12
si son cœur chavire, ce n'est qu'un mensonge : ignatius s'interdit cette sensation depuis bien longtemps.
ce n'est qu'un mensonge.

ignatius a juré renoncer à l'amour ; il élague cette émotion par peur car le chasseur n'est, après tout, qu'un lâche.
il ne se le dira jamais assez.

c’est parce qu’il n’y a rien à dire.

ignatius croit déceler une pointe d'impatience et d'empressement dans sa voix, et soupire : ses mains viennent toucher son visage et il tressaille. encore.

si son cœur chavire, ce n'est qu'une façade.
et si joshua espère se réchauffer auprès d'ignatius, elle n'a jamais prononcé un aussi gros mensonge.
ce n'est qu'une apparence dont il se vêt, dans l'espoir d'en faire la vérité.

puis ses lèvres se plaquent sur les siennes et si ses yeux se closent, ce n'est qu'afin de les savourer – si on lui demande, ignatius assure ne pas en avoir rêvé.

c'est parce qu’il n’y a rien à dire, murmure-t-elle encore une fois.

ignatius reste silencieux : par crainte de briser cet instant, ses yeux se posent sur ses lippes et il n'a qu'une envie.
s'y perdre encore une fois.

n'est-ce pas ?

son regard remonte et son corps s'immobilise, paralysé.
l'angoisse se fait sentir du bout de ses doigts et il tourne légèrement la tête, comme pour se cacher : ignatius ne sait mentir face à joshua.

si son cœur chavire, ce n'est que par culpabilité.
il pince ses lèvres et ses yeux fuient, avant de revenir se planter dans les siens : mais toujours cette froideur n'a pas disparu et ignatius s'enveloppe d'appréhension dans l'espoir d'y disparaître.  
des souvenirs se manifestent et si un gémissement se fait entendre, ce n'est certainement pas le sien : mais déjà des visages apparaissent et des nuits lui reviennent et –
ignatius est pathétique.
il le sait.

une sensation amère lui vient à la bouche et enfin, enfin, il ose la regarder la tête levée, presque fièrement.

il...

des cheveux roses s'effacent, remplacés par une couleur flamboyante et des yeux perçants – ignatius se perd dans ses propres pensées.

...il n'y a rien à dire.

leur conversation se rejoue dans son esprit et il baisse la tête un instant, sa respiration presque haletante, et il se redresse,
mais son regard ne quitte pas le sien.

ce n'est pas de l'amour, pense-t-il, les dents serrées.
ce n'est pas de l'amour.

ignatius n'y succombera pas.

ce n'est qu'une sorte d'attachement, de dépendance : mais le chasseur a d'ores et déjà dépassé les limites de ces notions-là ;
il ne sait plus ce qu'il est.

il n'y a rien à dire, répète-t-il encore, comme pour s'en assurer.
s'il doit mentir pour que cette impression d'amertume disparaisse, alors il n'hésitera pas une seconde.

et si son cœur chavire quand ses yeux se perdent dans les siens, ce n'est seulement car dans ces flots turquoises, il y connaît le repos.
joshua est sa sentence,
mais aussi sa route vers l'expiation.

j'avais juste besoin de m'éclipser quelques temps.
voir d'autres personnes.

déjà ses lèvres en demandent plus et son front se pose une fois de plus contre le sien – pourtant ses prunelles restent fermes, malgré sa main se glissant dans sa chevelure qu'il avait tant désiré toucher.

tu m'as manqué, murmure-t-il, et c'est un faible semblant de vérité qu'il s'autorise avec elle; il en oublie sa froideur et les autres. pardonne-moi.

ses excuses sont intarissables,
et sa bouche se presse contre la sienne une nouvelle fois : il succombe encore à la tentation.
ignatius espère ainsi se débarrasser des empreintes des autres, oublier les nuits passées avec elles – elles n'ont jamais réussi à la remplacer.  

et si son cœur chavire, ce n'est pas de l'amour, se dit-il.
mais ignatius n'a jamais su mentir.
Joshua
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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le Mar 11 Aoû - 20:12


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Elle sent le visage d’Ignatius tressaillir et elle se retient de faire de même.

Joshua a conscience de son regard de glace — dur, implacable, terrible, elle se déteste de lui affliger une telle vision.
C’est une forme de vérité qu’elle pensait ne jamais lui faire subir. Ignatius ne se nourrit que d’affabulations. En ce sens, elle lui avait retiré la gamelle et le forçait à se sustenter d’une toute autre nourriture.
Elle fixe ses prunelles hésitantes, et si elle ne savait voir que son reflet dans sa boule de crystal, le regard d’Ignatius était le plus bavard des oracles. Joshua le savait. Son corps avait effleuré quelqu’un d’autre, ses mains avaient caressé d’autres chevelures et — terrible pensée que celle-ci — Joshua pouvait parier qu’une âme qui n’était pas la sienne l’avait rendu vivant, ne serait-ce qu’une minute.

Joshua détestait cette idée. Elle l’exécrait tant qu’elle pouvait sentir tous les pores de sa peau réagir et respirer une jalousie prenante, possessive, inquisitrice.
Elle avait mis tant de temps à apprivoiser Ignatius ; d’abord l’avait-elle observé, longtemps, lorsqu’il fut, lorsqu’il vécut vraiment, et maintenant qu'elle avait pu l’attirer dans ses filets, elle le regardait avec horreur ronger les cordes.
Il n’y avait rien de sain, rien de bienveillant.

Joshua agissait avec zèle et égocentrisme. Elle souhaitait qu’il soit son monde et rien ne lui faisait plus plaisir que de voir qu’elle était tout autant le sien.

Il n’y a rien à dire. Il n’y a rien à dire.

Répéter un mensonge ne fait que le renforcer. L’allitération fait office de ciment — il bâtit un mur mythomane qui, s’il n’est pas patent ni concret, s’habille d’une consistance dont Joshua est la seule à pouvoir témoigner.
Il y a une sorte d’intimité insalubre entre ces deux nuisibles.

J’avais juste besoin de m’éclipser.

Dans le mur se creuse une porte, et Joshua considère que Ignatius l’emprunte trop souvent. Elle bâtirait des murailles pour qu’il ne s’envole pas.
Mais le fait étant qu’on n’enferme pas un chasseur. Ignatius a encore cela dans le sang, peut-être. Il ne peut se contenter que d’une proie.
Alors que Joshua au travers des feuillages ne voit que lui. Et quand il pose de nouveau ses lèvres contre les siennes, elle ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire lors du baiser, chassant ses mauvaises pensées, et de le conserver même après.

Elle avait faim de son contact de sa présence de sa dépendance.
Il a réussi à faire fondre la glace dans ses yeux.

Tu m’as manqué. Pardonne moi.

Il revient à la charge et Joshua se laisse aller. Elle croise ses mains derrière sa nuque, serrant son corps devenu un peu frêle, un peu gauche depuis qu’elle a dit adieu à la chasse, contre le sien. Elle s’en sert un instant : un petit coup de poitrine bien placé, tout doucement, contre son torse pour le faire basculer.
Ils s’écrasent avec lenteur dans les fleurs, et Joshua minaude un petit rire léger avant de se détacher de Ignatius. Pas trop loin non plus : il a été à distance trop longtemps, il était temps que cela se termine.

Ses lèvres sont toujours très proches des siennes, et elle adore ce nouvel angle. Elle est juste au-dessus de lui, masquant le soleil, oubliant son épée.
D’une main elle écarte quelques mèches victimes de cette nouvelle gravité de son visage et les cale derrière son oreille gauche.

S’il n’y a rien à dire Ignatius, il n’y a rien à pardonner.

Elle élude la question, continue d’enfoncer le mensonge de son amant favori, et elle sait que cela suffira à Ignatius.
Joshua est maîtresse de l’esquive. Reine du contournement.

C’est moi qui te demande pardon : je t’embête. J’avais déjà vu tout ce que j’avais à savoir.

Même les étoiles s’investissent dans cette mascarade.
Elle se redresse subitement, les fesses posées contre ses talons. Elle a l’air affolé.

Mais ne va pas croire que je te surveille ! Je ne fais que recueillir des murmures, ci et là.

Des murmures : ou juste du vent, invisible, lourd de secrets, insupportable.
Elle lui adresse un sourire tout léger.

Tu es bien libre de faire ce que tu veux.

Ou de croire que tu l’es. Ou de le vouloir seulement ?
Parce que Joshua ne veut Ignatius que pour elle, tout entier, tout à elle.


Spoiler:
 


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Re: a fresh poison each week • joshua écrit le

a fresh poison each week • joshua

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